Esprit poli

J’ai suivi les instructions:

Au réel rugueux j’ai poli mon esprit,
Puis je me suis lavé dans l’onde claire.
Patiemment, j’ai attendu.

Réel rugueux

La nuit nous a couvert de ses cheveux de jais.
Dans l’angle mort, suspendue à son fil
L’araignée se tenait coite.

Au matin, je me suis éveillé et j’ai vu:
La splendeur irradiante venue des monts lointains
La douceur du jardin, la clameur de la ville.

Et le souffle ténu qui me dit: VIS !

Mère et Enfant

Quand à la mer est allé l’enfant
Une main à sa mère il a donné.
Mais les mains sont ainsi faites
Qu’attachées ne peuvent point rester
Indéfiniment.

Mère et enfant

Or l’enfant, la main de sa mère enfin lâchée,
Vers les dunes s’est dirigé.
Belles dunes de sable doré qui toutes se ressemblaient.
Plus de mère maintenant: Maman est perdue à jamais!
Nouvelle mère retrouverai-je ?
Quant à la mère, désormais seule au bord de la mer…

Le dérailleur du cœur

Cœur: vue composite (vitrail de Saint Michel l’Aiguille)
Saint Michel: réparateur de cœur

Mon cœur, un peu farceur
Déraille quelquefois.
Je l’emmène alors aussitôt
Chez le réparateur de vélo
Qui me dit :
« Vos chaînes relationnelles ont déraillé,
N’est-ce pas naturel ?
Qu’un dérailleur de cœur déraille quelques fois ? »
Puis il ajoute à mon égard :
« Voudriez-vous vraiment
D’ici repartir
Avec un cœur enrayé ? »

Soupçon d’Être

… Ou de ne pas être encore.
En rêve serais-je un passage
Un Chemin, un Traversant ?
Une ligne entre Ciel et Terre
Foudroyée par l’orage qui gronde en mon sein même.

Eaux qui sourdent

Evanescent je me proclame!
Maître des Eaux qui sourdent de la roche mère essentielle.
Je me hâte avec lenteur vers mon centre.

Champ lexical

Dans les champs ondoyants de la langue
Serait-elle mienne ?
Qui de mon père ou de ma mère
Aurait dit maternelle ?
Je me risque à faire école buissonnière.

Sans répit quoique sans hâte
Je métaphore à gros bouillons.
Buissons ardents, mots flamboyants
Course éperdue dans le champ lexical
Je joue à qui perd gagne.

Soutien du soleil

Aleph : avant que le multiple n’advienne

Au soutien du soleil
Chaque jour nécessaire
à pas comptés, je me dénombre.

Combien puis-je être ?
Ne saurai vous le dire.

Terre, puis mer, puis terre, puis ciel…

Auprès de l’Un que je préfère
Rodent les nombreux Autres.
Indénombrables, indéchiffrables
Ils sont le mystère même.

Absence végétale

Un jour, par mégarde peut-être, m’as-tu demandé de refuser l’offre
pourtant sincère de ton cœur, de ton amour.
Désemparé, par accident peut-être, j’ai accepté ta demande de refus.
J’erre maintenant dans ton absence.

Absence végétale